Mercredi 24 septembre 2008
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Après l'échec cuisant d'Elle e(s)t Lui (si si, c'est un échec, n'en jetez plus, n'insistez pas !), il est grand temps de se remettre en question pour comprendre pourquoi et comment.
La faiblesse de ce manuscrit n'est apparement pas où je pensais qu'elle était. En aucun cas le courrier de Le Dilettante ne mentionne la fin, bâclée au possible, cette fin que je juge indigne du
travail que j'ai pu fournir dans les trois premières parties du dit-manuscrit.
Pourquoi penser que cette fin n'est pas à la hauteur ? Car en comparaison du reste du roman, celle-ci a été écrite après une interruption d'écriture de 2 mois, et surtout rédigée en à peine une
semaine et demi. Bien évidemment, ceux qui me connaissent savent que je peux écrire à une vitesse prodigieuse (un chapitre par jour en été, lorsque ma vie était régie par le second tome des
Errants d'Ahilaya), mais cette impression de bâclage m'a fait réellement penser que cette fin était mauvaise. Mais apparement, ce n'est pas le plus gros reproche que l'on puisse faire au
livre.
Très bien.
Cependant, il serait bon de revenir sur les raisons de cette excessive rapidité dans l'écriture de cette quatrième et dernière partie : l'envie de passer à autre chose. Et cela est déterminant.
En effet, avant même d'avoir terminé Elle e(s)t Lui, j'avais déjà en tête de nouvelles intrigues, avec de nouveaux personnages, dans un nouvel univers. Emporté par l'apparente bonne facture de
mon manuscrit, je ne pensais qu'à écrire plus, toujours plus, et toujours différement. Le temps me manquait, je devais donc me dépêcher de terminer Elle e(s)t Lui.
Et je n'ai jamais réussi à aller plus loin que le prologue dans chacun des nouveaux romans que je commençais.
Pourquoi ?
Parce que le projet, au fond, m'attirait, mais l'écriture, elle, m'ennuyait. Paradoxal, n'est-ce pas ? Ces romans ne devenaient parfaits que dans la vision que j'en avais dans mon esprit.
Peut-être n'avais-je pas le talent de transformer ces visions imaginaires en livres tangibles tels que j'aurai voulu qu'ils soient, reconnus et reconnaissables comme les miens. Mais là n'est pas
le but de cet article, de se lamenter sur mon manque de persévérance et de patience devant l'inspiration qui ne vient pas.
Ce matin, je me suis rendu compte d'une chose : toutes mes idées portaient autour d'un thème fédérateur, parfois caché, parfois explicite, mais toujours présent : le passage à l'âge adulte et son
idée de résignation, que les rêves s'envolent. Aussi bien dans mes visions d'Otages, Le Vol d'Icare, Mille Ans de Souvenirs, La Pièce, Il Aime les
Enfants et d'autres que je dois oublier, le rêve et la responsabilité de l'adulte s'entrechoquent. Seule La Dernière Peste échappe à cette logique, du fait de son caractère
historique, et encore, je pense entrevoir une lueur de ce thème entre les bubons purulents.
Comme vous venez de le voir, le nombre de projets avortés en moins d'un an (nous sommes à l'orée d'octobre, et Elle e(s)t Lui a vu son écriture se terminer à la fin février) est
probablement hallucinante. A limite du croyable, devrais-je dire. L'on peut voir que les idées foisonnent dans ma tête, passent, m'obnubilent un certain temps, et disparaissent au profit de
nouvelles. Et c'est là que survient l'échec, celui de ne pas les retenir. Par bonheur, j'ai l'habitude de tracer une ligne directrice de chaque roman dans un coin de feuille ou sur mon
ordinateur, pour m'aider à écrire ce qui aurait du être à chaque fois le plus grand roman de la littérature française.
Là où survient l'échec, c'est que je n'ai pas la patience, que je ne me concentre que sur une seule idée pour l'exploiter jusqu'à la moelle et jusque l'ennui. Comme dans un certain Elle e(s)t
Lui. Je n'avais qu'un postulat de base : "le souvenir d'une rencontre homosexuelle un soir d'adolescence". J'ai du brodé 150 pages autour de cela. Je ne dis pas que ce que j'en ai tiré était du
pur remplissage, je me suis réellement fait plaisir à écrire ce manuscrit, cela m'a permis de réfléchir et de jouer le rôle de Lucile, et je comprends que cela ait pu plaire à beaucoup de
personnes, mais le fait est que j'ai eu du mal à tenir ces 150 pages, et que comme l'a fait remarquer le Service des Manuscrits de Le Dilettante, le rythme s'essouffle, car, au fond, une seule
ligne directrice, sans écart, pour un roman, cela fait peu.
Trop peu.
Et j'aurai pu transformer chacun de mes idées en romans que cela aurait été la même chose, un livre avec un faux rythme, atteignant difficilement les 200 pages, avec une lassitude de l'écriture,
ma volonté s'essoufflant avec le temps, au même moment que le filon de l'idée s'épuise.
Ce constat de l'échec de ma méthode est je pense clair et limpide, mais cela ne veut pas pour autant dire que je n'ai fait que de mauvaises choses, je crois en moi et je sais très bien
qu'Elle e(s)t Lui possède ses défauts, mais également ses qualités. Pour le décrire en tant qu'objet littéraire, je pourrais dire que c'est une partie de moi, brut, sans artifice ni
polissage. Une étape nécessaire de la formation littéraire, l'expérience de la rédaction d'un manuscrit, et l'inévitable remise en question après l'échec de sa publication, car tout simplement,
je n'employais pas la bonne méthode. Mais cela est commun : dans le domaine scolaire, en hypokhâgne, n'ai-je pas commencé avec un 3 en littérature alors que je pensais avoir fait un très bon
devoir, tout simplement parce que ma méthode était mauvaise ? Cela m'a-t-il empêché de terminer à la moyenne en fin d'année, après avoir assimilé les raisons de l'échec, et après avoir surmonté
cette envie irrepressible de tout abandonner car "je n'ai rien à faire ici, je ne suis pas assez bon" ? Le schéma est le même ici : j'ai cru faire quelque chose de bon, mais cela ne l'était pas
car ma méthode ne convient pas au schéma de la littérature actuelle. Attention, cela ne veut pas dire que je vais sacrifier ce qui fait l'essence de ma rédaction, c'est-à-dire les digressions,
les hachures, les changements et le suivi du fil de la pensée, sans structure figée dans un cadre d'écriture que je voudrais donner au livre.
Non, là où je vais changer, c'est dans ma manière d'envisager la rédaction d'un manuscrit. Je vais laisser de côté mon empressement naturel à vouloir faire d'une idée brut un chef d'oeuvre, sans
prendre le temps de le travailler ou de l'accompagner d'une autre idée, qui permettra de mettre en valeur ce que j'imagine.
Car le fond de mes projets, ce n'est pas l'idée d'une prise d'otages, de la déchéance d'une rockstar, non, c'est ce passage de l'enfant à l'adulte, autour duquel je brode mes intrigues.
Et il était temps que je m'en rende compte.
Car est venue l'heure de la synthèse : de toutes mes idées de romans, je vais garder les caractéristiques propres, les idées d'intrigues, et les mouler autour de la problématique de ce passage à
l'âge adulte, de ces rêves brisés qu'ont tous les adolescents. De dix idées qui auraient du faire dix romans, je vais faire de dix idées un roman, tailler chaque idée brut pour l'insérer avec une
autre, afin de former un tout qui soit à la hauteur de ce que je sens que je suis capable de faire. Je ne sais pas quand commencera l'écriture, car la synthèse de toutes ces idées ne peut se
faire en un instant, il faut du temps et de la réflexion.
Alors peut-être vais-je encore me planter, mais là, ce sera au Dilettante de juger, car c'est à eux que j'enverrai ce manuscrit, puisque c'est grâce à leurs explications que j'ai pu tenir ce
raisonnement et me remettre en question. Ce ne serait que justice qu'ils jugent une nouvelle fois mon travail. Synthétique.
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